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Clinique vétérinaire les Poumadères
Clinique vétérinaire "les Poumadères" - Centre de Reproduction des Carnivores du Sud-Ouest (CRECS)

Césarienne : intérêts - limites -méthodes

 

 

 

La mise bas d’une chienne est un moment intense pour la chienne et très stressant pour les propriétaires. Les objectifs sont d’avoir une chienne en bonne santé avec des chiots tous vivants et viables ; une chienne qui s’occupe de ses chiots et qui présente du lait dès la naissance.


 

Même si la mise-bas normale est la règle dans 99,4%, des cas, (toutes races confondues), certaines races présentent une incidence de dystocie* élevée : Bulldog Anglais, Bouledogue Français, Boxer, Shih Tzu, Yorkshire Terrier, Labrador, etc.

De plus, en cas de mise-bas difficile et à l’instar de ce qui a été démontré chez la femme, plus le chiot tarde à être explusé, plus le taux de mortalité néonatale augmente : 5,4% dans les quatre premières heures après les 1ers symptômes de mise-bas à 14% au-delà de 5 heures.

 

La césarienne en « urgence » est réalisée pendant la mise-bas. La césarienne planifiée est décidée et réalisée avant le déclenchement de celle-ci (absence de signe de mise-bas).

 


Lorsqu’une césarienne est réalisée en « urgence », le nombre de complications chez la mère et ses petits augmente considérablement, contrairement à la réalisation d’une césarienne « programmée » qui donne des résultats équivalents qu’une mise bas normale.

 

 

 

Critères de césarienne en « urgence » :

 


- Malposition fœtale : le chiot est mal engagé et ne peut pas sortir
- Monstruosité fœtale : le chiot est trop gros pour passer la filière pelvienne
- Arrêt de contraction de la chienne malgré un traitement médical favorisant celles-ci
- Souffrance fœtale : identifiée par fréquence cardiaque des fœtus (échographie).

 

 

 

 

 

Critères de césarienne « programmée » :

 


- chienne nullipare (n'a jamais eu de petits) de plus de 6 ans
- portée de moins de 3 ou plus de 8 chiots
- race brachycéphale (à face plate, telle que le Bouledogue par exemple)
- épisode précédent de dystocie* (selon la dystocie)
- absence de vétérinaire d’urgence dans un périmètre raisonnable (inférieur à 1 heure)
- chienne dont la lignée est connue pour la présence de dystocies (par atonie utérine* par exemple, connue dans de nombreuses races)
- chienne souffrant d’un désordre métabolique en fin de gestation (éclampsie*, hypoglycémie)
- anomalie vaginale incompatible avec une mise-bas par voie naturelle (bride, sténose, etc.)

 

 

 

 

 

Comment planifier la césarienne ?

 


- Progestérone et Température

Démarrer le suivi de progestérone dans les derniers jours « estimés » de gestation. Certains recherchent la chute de température et débute le suivi lors de la chute.
La chute de la progestérone est un bon marqueur de la préparation à la mise-bas. Attention :

- la chute peut-etre très rapide (en moins de 12), c'est pour cela que l'on recommande une prise de sang l'après-midi (la majorité des chiennes mettent bas la nuit ou tôt le matin). 

- la valeur en-deça de laquelle une chienne est prête dépend de l'automat d'analyse utilisé. Ce n'est pas systématiquement < 2 ng/ml.

 

- Détermination du stade de gestation par échographie


De nos jours (2016) des formules basées sur des mesures des foetus permettent de déterminer à +- 1 jour la date de mise-bas.

Une association avec l'évaluation objective du développement de certains organes internes foetaux permet de vérifier leur maturation finale compatible avec une césarienne.


- Technique « programmée » grâce à la détermination du jour de l’ovulation

Lévy and al., Reproduction Domestic Animal Journal, 2009
L’objectif est de déterminer quand la chienne peut subir la césarienne avant le début de la mise bas : l’équipe chirurgicale et de réanimation des chiots sont préparées, l’intervention se réalise le matin ou en fin d’après-midi, le propriétaire peut se préparer. On maximise la survie à long terme des chiots.
Un suivi de chaleur rigoureux (voir fiche 2) permet de programmer le jour de césarienne dès le diagnostic de gestation.

Une préparation à la césarienne est parfois réalisée dans les heures qui précèdent afin d’optimiser la maturation des chiots et la montée de lait (choix selon critères cliniques et biologiques).

 

 

 

 

 

La technique de la césarienne

 


- Les pré-requis (ou les impératifs à respecter)

La césarienne ne se résume pas uniquement à la réalisation d’une hystérotomie et à l’extraction de fœtus. Elle comprend en effet l’ensemble du processus qui débute par la préparation de la chienne et qui se termine par la mise des chiots à la mamelle, la chienne étant alors éveillée. La gestion de la césarienne implique la présence d’une équipe et d’un plateau technique opérationnels.

 

- L’anesthésie : une étape clef de la césarienne

Deux éléments se succèdent, voire s’imbriquent : l’anesthésie de la mère et la réanimation des chiots ; le tout étant à mener en parallèle avec une chirurgie. On comprend dès lors la complexité de l’acte et l’importance d’une organisation sans failles.
Les protocoles anesthésiques sont codifiés à l’instar de l’anesthésie chez la femme. Il est recommandé que la chienne soit intubée et sous monitoring gazeux (oxygénation) si l’on souhaite optimiser la survie des chiots.

Attention, il ne faut pas uniquement regarder la survie des chiots immédiate mais dans les premières semaines de vie. Une souffrance pendant la naissance augmente le risque de mortalité dans les 15 premiers jours.

 

- L’acte chirurgical

La chirurgie est réalisée rapidement et le vétérinaire veille à conserver l’intégrité de l’utérus. Dans des cas particuliers, il est possible de stériliser la chienne au moment de la césarienne.


 

Césarienne d'une chienne en urgence au CRECS (dystocie par malposition d'un foetus depuis plus de 5 heures ; les 3 foetus en souffrance ont survécus, la maman les a adoptés dès son retour à la maison soit moins de 2 heures après son arrivée chez nous). Nous vous plaçons comme spectateur de la césarienne dans le bloc opératoire. 

La vidéo ne montre pas d'image choquante.

Rq : vidéo d'illustration. Ne montrant pas les moniteurs de suivi anesthésique (ECG, Capnographe, Oxymetre, etc.), les différentes injections utilisées (analgésiques, uterotoniques, etc.), l'abdomen de la chienne en gros plan, la réanimation des chiots en détail et le réveil de la mère. Le chirurgien est assisté d'une assistante dédiée à la surveillance anesthésique. Néanmoins l'intubation chienne couchée est un acte délicat qui exige rapidité et exactitude. Le vétérinaire chirurgien porte plusieurs paires de gants stériles lui permettant d'intuber la chienne et dans les plus brefs délais (en retirant les paires protectrices pour respecter les règles d'aseptie stricte) de débuter l'intervention afin d'extraire dans les plus brefs délais les foetus (ici) en souffrance.

- Les soins aux nouveau-nés.


Les chiots sont sortis en quelques minutes, il est donc indispensable que le matériel nécessaire soit accessible et de prévoir plusieurs intervenants pour leur « réanimation » immédiate (photos 1 et 2). Une équipe expérimentée favorise la survie des chiots.

 


1. Couveuse pédiatrique oxygénée

 

 

 


2. Aspiration des mucosités

 


Remarque : les analeptiques respiratoires ne sont pas recommandés en cas d’hypoxie du chiot en l’absence d’assistance respiratoire. L’analeptique respiratoire entraine une augmentation de la consommation en oxygène. En l’absence d’apport en oxygène suffisant (respiration inefficace : obstruction des voies aériennes superficielles par des mucosités, …), l’hypoxie au niveau du cerveau s’accélère (premier organe central affecté) et accélère la souffrance de l’animal. (photo 3)

 


3. Oxygénation du chiot

 



Tous les chiots doivent être pesés et les malformations majeures doivent être recherchées (fente palatine (du palais), anus non perforé, fontanelles très ouvertes, etc.).

 

Les chiots peuvent être mis aux mamelles de la mère une fois l’intervention terminée afin d’apporter un apport rapide en énergie et en immunoglobulines (défenses immunitaires présentes dans le colostrum*). Les chiots ne sont laissés avec la mère qu’une fois celle-ci bien réveillée, afin de limiter le stress de la mère et tout rejet éventuel (agressivité, cannibalisme, etc.) (photo 4)

 


4. La petite famille après la césarienne

 

 

 

 

 

 

 

 

Glossaire :


 


Dystocie : mise bas anormale


Atonie utérine : absence de contraction de l'utérus


Eclampsie : complication sérieuse de la grossesse caractérisée par des convulsions, pouvant être fatale tant pour la mère que pour les fœtus.


Colostrum : 1er lait, plus coloré et riche en immunoglobulines (défenses immunitaires)