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Clinique vétérinaire les Poumadères
Clinique vétérinaire "les Poumadères" - Centre de Reproduction des Carnivores du Sud-Ouest (CRECS)

Castration précoce : qu'en penser ?

 

 

 

La stérilisation précoce et définitive d’un chiot sexuellement immature consiste à retirer ses gonades sexuelles (ovaires ou testicules) vers l’âge de 6 à 12 semaines. Si la stérilisation est courante chez l’animal adulte, l’intervention est encore peu pratiquée en Europe chez les chiots encore sexuellement immatures. Les indications de telles opérations font l’objet d’un débat encore controversé tant dans le corps médical que chez les particuliers (40 à 60% sont d’accord pour castrer leur animal précocement) en Europe.
L’objectif est, ici, de présenter les intérêts et avantages de la castration précoce, ainsi que ses complications éventuelles.


La castration précoce au service de la sélection ?



Le premier objectif de la castration est de contrôler la population canine en prévenant la reproduction des chiens non destinés à un programme de reproduction :

- En régulant la population canine : réduction des naissances non désirées par les propriétaires et abandons de chiens

- En limitant la mise à la reproduction d’un chiot vendu comme «chien de compagnie» (et non comme reproducteur), objet fréquent de litige après la vente.

- En aide à la sélection : un chiot castré présentant une «tare» -que le Club de race souhaite faire disparaitre (ou au moins limiter)- peut-être cédé (à titre gratuit ou onéreux) sans risque de transmission de celle-ci.




La castration précoce : un outil dans la prévention des tumeurs mammaires



Les chiennes stérilisées avant leurs premières chaleurs sont moins susceptibles de développer une tumeur mammaire (voir graphique 1).



Graph 1 : Risque d'apparition d'une tumeur mammaire chez la chienne
en fonction du nombre d'épisodes de chaleur



Le risque augmente dès que la stérilisation est retardée : 40 à 60% des chiennes non stérilisées développent au moins une tumeur mammaire au cours de leur vie. Moins de 0,5% des chiennes stérilisées avant le premier épisode de chaleur développeront une tumeur mammaire (risque diminué par 200). Après un premier épisode de chaleur le risque est déjà de 8%, puis de 26% après un deuxième épisode.




Castration précoce et modification du comportement



Les chiens stérilisés précocement sont réputés «plus affectueux», «moins fugueurs», et «plus joueurs». Si de tels comportements représentent un avantage pour les maîtres, certains s’inquiètent «d’une baisse générale de l’activité».
Le niveau général d’activité et les comportements sont largement influencés par les facteurs environnementaux (regard des maîtres sur leur chien «à l’aspect juvénile» castré précocement, etc.) et la race. D’autre part, deux études récentes ont montré que la stérilisation n’entraine qu’une exacerbation de comportements préexistants (agressivité, etc.), à l’exception peut-être du niveau d’activité général et du comportement de fugue (s’il est relié à la recherche de chiennes en chaleurs). Ainsi -selon ces mêmes études- bien que des modifications comportementales soient rencontrées chez l’animal stérilisé, elles ne sont pas reliées à l’âge de la castration.




Castration précoce et croissance squelettique : «nains» ou «géants»?



La castration est à l’origine d’un déficit en hormones sexuelles (testostérone et œstrogènes). Le déficit hormonal précoce entraine un retard de fermeture des cartilages de croissance, d’environ deux mois chez le chien. Ainsi, la longueur des os est supérieure chez les chiots castrés avant deux mois comparativement à ceux castrés à 7 mois.
Le risque de prédisposition aux fractures osseuses du jeune (des cartilages de croissance, type Salter-Harris) n’a pas été exploré (fractures rares), tandis que l’incidence des cas de dysplasie de la hanche semble augmentée lors de castration précoce (encore très discuté et non prouvé).

Néanmoins, la stérilisation semble -indépendamment de l’âge auquel elle a été réalisée- responsable d’une proportion accrue de rupture du ligament croisé ou de dysplasie.




Castration précoce et obésité


L’ensemble des observations cliniques et études indiquent que les chiens stérilisés présentent une augmentation de poids (au moins la moitié des individus). Cette obésité est due à une diminution des besoins énergétiques quotidiens, à une perturbation de la régulation de la satiété et à une éventuelle réduction de l’activité physique. Ces perturbations sont principalement liées aux variations hormonales après la stérilisation et l’âge de la castration ne semble pas jouer un rôle : les risques d’obésité sont les mêmes pour un individu castré à 7 semaines ou à 7 mois.




Castration et développement des organes génitaux


- Chez la chienne :

La castration avant les premières chaleurs peut-être à l’origine d’un retard de développement des lèvres vulvaires (photos 1, 2 et 3).



photo1 : chienne prépubère



Photo 2 : chienne pubère en anoestrus
(pas en chaleur)



Photo 3 : Chienne pubère en oestrus (en chaleur)


Le retard de développement de la vulve (associé à une obésité accrue) est à l’origine d’une incidence plus élevée de dermatites périvulvaires et d’infection chronique du tractus uro-génital.
Ainsi, il convient au vétérinaire d’examiner attentivement l’appareil génital avant la stérilisation, afin de retarder l’intervention chez une chienne présentant des signes de « vaginite de la chienne prépubère » (traitement en général inutile car guérison spontanée après un ou deux cycles de chaleurs).

- Chez le mâle :

Le pénis chez le chien castré est plus petit que chez un animal entier, quelque soit l’âge de la castration. Cependant, cette réduction de taille est sans conséquence médicale néfaste. A l’inverse, la castration est parfois conseillée chez des animaux souffrant de paraphimosis chronique (gland du pénis bloqué en dehors du fourreau).




Castration précoce et risque d’incontinence urinaire


L’incontinence urinaire correspond à une émission non volontaire des urines. La stérilisation est à l’origine chez 8 à 20% des chiennes d’une incontinence urinaire. Celle-ci se traduit le plus souvent par des pertes d’urines «en flaque» sur le lieu de couchage.
La stérilisation avant les premières chaleurs ne semble pas augmenter le risque d’incontinence urinaire post-castration par rapport à une stérilisation après un ou plusieurs épisodes de chaleurs. En revanche, une étude récente semble indiquer que les chiennes castrées précocement (avant trois mois) présentent des symptômes d’incontinence plus sévères (plus difficiles à traiter).




Castration précoce et risque chirurgical



Pendant longtemps, l’absence d’agents anesthésiques disponibles avec peu d’effets secondaires et pouvant être utilisés sans risque chez le chiot a été un motif pour ne pas conseiller la stérilisation chirurgicale avant 6 mois. Actuellement, différents protocoles anesthésiques performants existent (molécules disponibles, temps de diète, …) et permettent de réaliser la castration avant trois mois. De plus, contrairement aux idées reçues, la castration précoce est chirurgicalement plus facile (moins de graisse intra-abdominale) et donc mieux tolérée par l’animal (récupération postopératoire plus rapide).


 


Conclusion



Ils existent de nombreuses méthodes contraceptives, quelles soient médicales ou chirurgicales, toutes avec leurs avantages et leurs limites. La castration précoce présente les effets indésirables de la castration et chacun (vétérinaire/propriétaire) doit rester vigilant sur des effets indésirables qui se révèleraient éventuellement dans les prochaines années.
Un examen attentif de la vulve doit toujours précéder une éventuelle décision de castration précoce, certaines races présentant par la suite des vulves « naines » à l’origine de vaginite (+- cystite) chronique nécessitant une correction chirurgicale.
La castration précoce peut être réfléchie dans une conduite d’élevage et de sélection en Europe, à l’instar de ce qui est fait depuis longtemps déjà aux Etats-Unis, mais la race est un facteur fondamental à considérer.